19 Mar 2017

Vivons-nous encore en démocratie ?

Category: Société (pervertie)Claude @ 18 h 37 min

 

Rien n’est plus fragile que la démocratie. A partir du moment où une société humaine a délégué le pouvoir de s’occuper de la vie de la cité à une catégorie de citoyens, à savoir les responsables politiques, le risque existe que ces derniers profitent de leur fonction pour détourner ce pouvoir à leur profit. Comme dans toute organisation humaine, aux premières desquelles les entreprises bien gérées, le pouvoir ne peut s’exercer correctement, c’est-à-dire dans la direction pour laquelle il a été délégué, que s’il existe des contrôles de cet exercice, et des possibilités d’en corriger les abus.

Aucune organisation humaine ne peut donc fonctionner sans un équilibre entre pouvoirs délégués, pouvoirs de contrôles et pouvoirs de correction. La configuration la plus dangereuse étant bien évidemment celle ou ces trois pouvoirs sont tenus par la même personne ou par la même oligarchie, en l’absence totale de ce qui est si précieux et que l’on dénomme dans les entreprises la « séparation des tâches et des fonctions » et dans les démocraties « la séparation des pouvoirs ». Dans les entreprises parfaitement dirigées, celles qui savent progresser et prévenir les accidents[1], le pouvoir est ainsi réparti entre les dirigeants opérationnels et les entités chargées du contrôle du bon fonctionnement de l’ensemble, avec pour ultime perfectionnement, un processus de prise de décision collégial basé sur la responsabilité personnelle de chacun (en anglais l’accountability, c’est-à-dire le fait d’être « comptable de ses actes ») .

Or, ce qui se déroule sous nos yeux depuis quelques années en France n’est ni exemplaire ni même glorieux. Plus que jamais, se pose la question de savoir si nous vivons encore en démocratie, ou si nous sommes déjà dans ce que Annah Arendt appellait une « dictature molle », ou dans ce que l’on nomme une « démocrature », c’est-à-dire dans une dictature camouflée derrière l’apparence d’une démocratie.  Ne voyons-nous donc pas tous les jours des signes évidents de cette dégradation de nos libertés de citoyens ?

Comment en effet ne pas interpréter dans ce sens ces symptômes particulièrement inquiétants :

-le gouvernement socialiste nous ment ostensiblement sur les résultats de sa politique

-au lieu de jouer leur rôle critique, la grande majorité des médias sont sous sa coupe

-par définition étanche aux pressions politiques et garante du respect du droit de chacun, la justice semble avoir elle aussi, partiellement cédé aux intérêts du gouvernement socialiste

-plutôt que de former des citoyens intellectuellement solides et capables d’esprit critique, l’éducation nationale tente dès qu’elle le peut de dupliquer le stéréotype socialiste.

Un gouvernement d’arracheurs de dents

Les cas de mensonges éhontés du pouvoir socialiste actuel ne sont pas rares. Pour reprendre les plus cyniques d’entre eux, rappelons-nous tout d’abord les accusations d’une agent de police de Nice, suite aux attentats sur la promenade des Anglais, du fait des pressions dont elle avait été victime. La tentative du Ministère de l’Intérieur visait à orienter son témoignage pour masquer l’absence de gendarmes sur les lieux du crime et supprimer les enregistrements vidéo correspondants.

Plus récemment, en mai 2016, ce fut le Président lui-même, F.Hollande, qui a menti sur les chiffres du chômage, se débrouillant de ne présenter que des chiffres incomplets, jonglant avec les trois catégories de chômeurs (A, B et C, comptabilisées parfois séparément, on se demande pourquoi). Même sans considérer les 500 000 demandeurs d’emplois envoyés en formation, comparativement au reste de l’Europe, les résultats du gouvernement actuel son désastreux. Pourtant, strictement rien ne peut justifier de tels mensonges. Déjà, en octobre 2013, alors que le chômage refluait depuis un an chez nos voisins européens grâce à une conjoncture de sortie de crise tout à fait favorable, F.Hollande s’était exclamé, tel un mauvais expert en manipulation des foules, que l’inversion de la courbe, c’était « trop bon trop tôt ».

Les pires des publicitaires pensent qu’il suffit de dire le contraire de ce qui est négativement reproché pour en compenser l’effet. Or, non seulement c’est le degré zéro des techniques de persuasion, mais c’est tout simplement immoral. Lorsqu’un Président ment à son peuple, il n’est plus digne de la confiance qui lui a été confiée. En abusant de son pouvoir pour se maintenir en place et pour leurrer les citoyens, il fait exactement ce que font les dictateurs.

Des organes de propagande socialiste de plus en plus nombreux

En mai 2012, sortie des urnes, un sondage affichait au grand jour ce que de nombreux observateurs lucides ressentaient : 74% des journalistes avaient voté pour F.Hollande (malgré un programme inepte, faut-il le rappeler). Fin novembre 2016, des interviews de professeurs d’écoles de journalisme relatés dans Valeurs Actuelles font apparaître que les élèves journalistes « qui ne sont pas de gauche ne peuvent pas trouver du travail », et que les programmes enseignés sont bien obligés de tenir compte de cette dimension ! Le sondage perpétré par ce média si décrié (car de droite) auprès de deux écoles de la profession fait état d’un pourcentage d’élèves se disant socialistes proches de 100%.

Il y a quelques mois, Elisabeth Levy déclarait que France info, radio pourtant payée par nos impôts (et surnommée à juste titre « radio-PS »), était une radio socialiste « militante ». Il en est de même pour France 2, et surtout France 24 qui, sans vergogne, inonde de sa moraline étatique anti-libérale tiers-mondiste la planète francophone (la version anglaise est un peu plus subtile toutefois). Un seul exemple qui montre la grossièreté des procédés utilisés et l’absence totale de limite à cet embrigadement : au début de la vague d’immigration, un expert était venu annoncer que « la plupart des migrants étaient ingénieurs et que la France en manquait ».

Non contente de son emprise, cette intrusion du pouvoir politique socialiste au sein de la sphère médiatique semble toujours en expansion, particulièrement dynamisée par le capitalisme de connivence à l’origine de certains mouvements qui font que des proches du gouvernement actuel se trouvent à la tête de journaux et de chaînes de télé importants. BFM, Libération et l’Express sous la férule de P.Drahi, Le Monde et l’Obs sous celle de X.Niel, cela finit par représenter beaucoup d’intérêts convergents…

Alors, que reste-t-il aujourd’hui pour les citoyens non socialistes, ceux qui partagent encore un idéal libéral ? En réalité, leur choix s’est réduit en peau de chagrin. A part les médias alternatifs dits de « ré-information » (Atlantico, Causeur, Contrepoints), rares sont les généralistes à ne pas avoir capitulé sous le politiquement correct étatique. Tout juste peut-on citer, du bout des lèvres, le Figaro ainsi que Valeurs Actuelles. Même Le Point, jusqu’à présent classé « libéral-conservateur » semble quitter peu à peu l’orientation jadis impulsée avec brio par Claude Imbert et son acolyte Jean François Revel, tous deux aujourd’hui disparus. Nombreux sont les lecteurs de cet hebdomadaire à poster des commentaires virulents sur son site internet, choqués d’y voir présenté avec une gentille complaisance le programme du candidat E.Macron, programme dans lequel pourtant rien n’est prévu pour relancer la compétitivité en berne de notre économie.

Une justice qui n’a plus l’apparence de l’indépendance

Ainsi que le dit la théorie juridique mise en avant par la Cour européenne des droits de l’homme, non seulement la Justice se doit d’être indépendante, mais elle doit en apporter les preuves formelles. Sinon, comme pourrait-elle conserver sa crédibilité ? Comme toute activité dont le verdict est censé constituer une référence indiscutable, au même titre que la recherche scientifique, l’audit interne ou la comptabilité, la Justice doit apporter quotidiennement la preuve de son détachement, ainsi que l’a récemment rappelé P.Fontana (avocat au barreau de Paris) dans l’émission de Y.Calvi. Les protocoles exigés par les chercheurs scientifiques ou par les auditeurs internes sont stricts, contraignants, transparents et contrôlables. Il en va de leur autorité.

Alors, comment ne pas être inquiet devant ce fameux « mur des cons », bourré de caricatures insultantes visant plusieurs personnalités de droite resté si longtemps dans les locaux du Syndicat de la magistrature ? N’y serait-il pas encore affiché si l’affaire n’avait pas été révélée par Atlantico ? Et comment ne pas être intrigué par ce que le journal Le Monde (à gauche) révèle lui-même lorsqu’il parle de cette affaire : « Françoise Martres, la présidente du Syndicat de la magistrature, nettement marqué à gauche et qui représente un tiers des magistrats, comparaîtra bien devant la 17e chambre correctionnelle de Paris pour des faits d’injure publique dans l’affaire dite du « mur des cons » (Le Monde/AFP, 28 septembre 2015) ? S’il est possible de mettre une étiquette, une couleur, voire une idéologie sur des juges, alors, leur indépendance n’est-elle pas sujette à caution ?

Pire encore, comment ne pas être troublé devant l’acharnement dont est actuellement victime F.Fillon, pour des faits qui sont connus depuis une vingtaine d’années ? N’est-il pas suspect de voir cet acharnement sur une seule personne, alors que les comportements potentiellement incriminables concernent environ 20% des parlementaires actuels [2] ? Et pourquoi ces faits sont-ils tout d’un coup reprochés et jugés par le Parquet National Financier quasiment au lendemain de la primaire de la droite, selon un calendrier qui semble calqué sur celui du candidat libéral de façon à le couler définitivement dans la course à l’Elysée alors qu’il faut des mois voire des années pour les justiciables lambda ? De nombreux juristes se sont offusqués à ce sujet, dont un collectif de 13 spécialistes[3]. Du reste, pourquoi les suspicions reproduites par le Canard enchaîné concernant par exemple le patrimoine du rival socialiste de F.Fillon, E.Macron, ne déclenchent-elles pas les mêmes réactions du PNF ?

Lorsque les interprétations d’un phénomène sont biaisées parce que ramenées à des suppositions qui ne sont pas matérialisées, les accusations de paranoïa voire de populisme sont certes parfaitement justifiées. Le raisonnement est en effet fallacieux, empreint d’émotion ou de croyances irrationnelles, et donc sans fondement. Mais dans ces cas exprimés ci-dessus, et compte tenu de l’avis de plusieurs spécialistes du droit, immense est la probabilité que les reproches adressés à la Justice soient mérités.

Une Education Nationale anti-libérale à la moindre occasion

Il faut écouter les professeurs d’économie du secondaire qui ne sont pas socialistes, lorsqu’ils déplorent l’étroitesse du programme enseigné au lycée. Celui-ci ne puise que dans des références anti-libérales, keynésiennes, altermondialistes voire anti-décroissance et aucune possibilité n’est laissée à ces enseignants d’élargir le spectre des formations vers d’autres horizons que celui de l’étatisme et du planisme le plus systématique.

Il en est de même en université, que ce soit pour le programme de rattrapage du baccalauréat option économie (cf. article publié ici), ou dans les enseignements plus généraux en faculté de sciences humaines, de lettres et très souvent de droit. Ce travail d’endoctrinement qui existe depuis des décennies est d’une efficacité diabolique. Qui ne connaît pas en effet des agrégés ou des diplômés du CAPES qui voient en Hayek un monstre, dans le libéralisme la source de tous les maux, en Marx un sociologue épris d’humanité, et qui n’ont jamais entendu parler des philosophes contemporains libéraux ?

Même en écoles d’art, sans compter celles de journalisme (dont Sciences Po Paris), les références sont rigoureusement choisies et instillées à la moindre occasion. Seules sont finalement épargnées les filières techniques (Ecoles d’Ingénieurs) ou orientées vers le business (Ecoles de commerces, Instituts d’Administration des Entreprises).

Tout est donc fait, depuis des décennies, pour limiter l’ouverture d’esprit et donc l’esprit critique de millions de jeunes français.

Il va sans dire que ce tableau clinique est particulièrement sombre. D’ailleurs, le processus démocratique de ces élections présidentielles ne nous a-t-il pas été confisqué grâce à un déballage de moyens jusqu’à présent jamais rencontré ? N’est-il pas déjà trop tard ?

[1] En analysant les plus grands échecs d’entreprises et de groupes internationaux, un sociologue des organisations a démontré il y a quelques années que ces entreprises présentaient toutes une défaillance en matière de contre-pouvoir.

[2] Seul l’emploi fictif est illégal. Les 20% de parlementaires qui emploient des proches pourraient faire l’objet des mêmes investigations, compte tenu du laxisme du système en vigueur, laxisme connu depuis longtemps.

[3] P.Fontana et 12 autres juristes dénoncent collectivement un « coup d’état constitutionnel ». A cela s’ajoutent divers professeurs ainsi que des contributeurs au site internet « Vu du Droit » qui partagent ce point de vue.

3 Réponses à “Vivons-nous encore en démocratie ?”

  1. xc a dit:

    [2] Il est malhonnête de dire que les faits reprochés à FF sont d’avoir recruté son épouse comme assistante. Si ça l’était, ce sont 20% des parlementaires qui devraient être inquiétés par la Justice. Ce qui lui est reproché, selon l’accusation, est que cet emploi serait fictif.
    [3] Pour un autre point de vue sur le billet des 13 juristes (je sais, c’est de l’Eolas):
    http://www.maitre-eolas.fr/post/2017/02/19/Pour-en-finir-avec-la-s%C3%A9paration-des-pouvoirs

  2. Claude a dit:

    C’est vrai qu’une phrase (et la mention de bas de page 2) peut prêter à confusion. C’est corrigé 🙂

  3. Vivons-nous encore en démocratie ? | La Gauche m'a tuer a dit:

    […] LIEN ERADIQUONS LE POLITIQUEMENT CORRECT […]

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