16 Mai 2017

Les causes structurelles du terrorisme « islamiste », au risque de surprendre…

Category: Société (pervertie)Claude @ 19 h 51 min

Depuis le commencement de la vague d’attentats sur le sol français, il semble que le phénomène terroriste actuel suscite des thèses passablement contradictoires. Au-delà des polémiques dont nous sommes quotidiennement abreuvés, qu’en est-il réellement ? Ce terrorisme est-il d’origine religieuse ou ethnique, typiquement local ou importé de Daesh ? Les auteurs des violences sont-ils des malades mentaux ou des combattants voués à une cause, des extrémistes parfaitement intégrés ou de marginaux sans formation ni travail ?

Une analyse pragmatique du phénomène 

Il suffit pourtant de se livrer à l’analyse du profil des terroristes pour découvrir tout d’un coup la succession de faits très certainement à l’origine de leurs actes. Surtout, cette façon de procéder apparaît fondamentalement pragmatique : il s’agit de considérer des faits générateurs, tels qu’ils sont concrètement vérifiables, et non pas de tenter une mise en perspective d’ensemble, à posteriori. Car le profil des terroristes est un fait avéré, tangible, indiscutable. Le considérer devrait être un préalable à toute tentative d’interprétation des actes perpétrés sur le sol français.

Le tableau ci-dessous mis à jour à avril 2017 (meurtre d’un policier sur les Champs Elysées) relate de façon synoptique ces profils. Seuls les terroristes dont la participation directe a été démontrée y apparaissent. Ils sont au nombre de quatorze :

 

En réalité, bien que le profil de ces criminels se ressemble étonnement, et que l’on puisse parler ainsi de « stéréotype », le phénomène terroriste apparaît dans toute sa complexité. Pourquoi ? Parce que justement, le profil des auteurs des attentats commis sur le sol français ne se ressemble pas seulement sur celui d’une inspiration politico-religieuse islamiste ou pro-Daesh !

Ces terroristes sont en effet tout aussi proches en matière d’origine familiale ou sociologique qu’ethnique. A l’inverse, quasiment aucun d’entre eux n’était un musulman pratiquant. Tous s’étaient convertis de façon aussi récente que radicale, dans des conditions très particulières. Ces similarités sont donc troublantes, et permettent de rétablir les contre-vérités suivantes :

-L’Islam n’est pas la seule ou la principale cause

Pour rappel, le plus grand pays musulman de la planète est l’Indonésie et ce pays ne se caractérise pas spécialement par une acception rigide et violente de l’Islam. Bien au contraire. Il en est de même pour les populations d’autres pays musulmans, comme l’Iran ou la Turquie (indépendamment des propos ou actions de leurs gouvernements respectifs). Il ne faut donc pas céder à l’amalgame. Mais il ne faut pas non plus oublier l’importance de l’Islam dans la trajectoire de ces terroristes : tous on rencontré des extrémistes religieux (en prison le plus souvent). Ceux-ci leur ont servi des discours en forme de justification à leur passage à l’acte. L’endoctrinement religieux, le culte de la violence et de l’anéantissement des populations impies, tout cela semble donc clairement facilité par une lecture radicale du Coran.

Le genre, l’origine ethnique et la structure familiale jouent un rôle indéniable

Ce sont tous des hommes jeunes (19 à 31 ans). Onze d’entre eux (sur 15) sont issus d’importantes fratries (cf. les analyses du Docteur Rik Coolsaet pour The Guardian dans Les Echos 11/2015 sont confondantes sur le sujet). Et dans la plupart des cas, ils ont été élevés dans une relative absence d’autorité paternelle si ce n’est parentale. Ce sont donc des enfants dont l’éducation s’est avérée partiellement défaillante en ce qui concerne ce processus si exigeant que constitue l’édification du Sur Moi du futur adulte apte à la vie en société.

De même que tous proviennent de familles d‘Afrique du Nord, tous étant du Maghreb sauf un, issu d’une famille malienne. L’unicité géographique reste donc particulièrement frappante Algérie (7) et Maroc (6), Mali et Tunisie sont des pays voisins. La coïncidence ethnique ne tient d’ailleurs pas du hasard : ces quatre pays proviennent d’anciennes colonies ou protectorats français. Aucun Egyptien, Iranien, Indonésien (ou même Vietnamien, Espagnol, Italien ou Portugais) n’a encore frappé chez nous. Il subsiste très probablement un ressentiment vis-à-vis de l’ex colonisateur français, une sorte d’ambivalence amour/haine qui ne peut qu’aider au passage à l’acte lorsqu’un certain nombre de conditions sont réunies par ailleurs. Nombreux parmi ces terroristes, dont le tout dernier Karim Cheurfi, vouaient une haine sans limite vis-à-vis de la France et des représentant de son autorité.

-La composante immigration est déterminante mais pas là où on pense

Elle est certes déterminante puisqu’aucun de ces terroristes n’était d’une famille française de longue date. Tous sauf un étaient issus de la seconde génération de l’immigration (sauf le terroriste de Nice, Tunisien), cette génération qui, selon les sociologues, peine encore plus que la première à s’intégrer. Aux difficultés rencontrées par les parents, qu’elle a subies pendant toute son enfance, s’ajoutent les siennes propres à l’école puis à l’entrée dans la vie active. Les parents ont choisi l’immigration, ils ont consacré leur énergie à survivre au changement de contexte culturel et ethnique. Mais les enfants ne sont pas mieux lotis pour autant, comme s’ils reprenaient le processus au stade auquel les parents l’on trouvé lorsqu’ils sont arrivés sur le sol français.

Néanmoins, cette difficulté relative à l’immigration n’est pas celle que l’on croit : pratiquement tous ces terroristes avaient un métier, une formation (certes limitée, sauf pour le Tunisien) et de quoi vivre ne serait-ce que décemment. Les difficultés de l’intégration sont donc ailleurs, du côté de la possibilité de faire jeu égal avec la population du pays d’accueil, sur fond d’un possible sentiment de rejet ou de désamour de part et d’autre (aspects physiques, accent, activités culturelles, valeurs)…

Il s’agit certes d’un échec sur le plan de l’intégration, mais celui-ci ne concerne pas directement l’aspect financier. Cet échec se cristallise sur un autre plan, bien plus subtil et prépondérant : celui d’une véritable assimilation. En France, la sélection scolaire puis professionnelle fait apparaître en effet des inégalités criantes entre origines ethniques. Tous les immigrés ne sont pas frappés de la même manière. Les statistiques sont formelles : parmi les différentes ethnies de l’immigration, ce sont les populations en provenance des pays musulmans, maghrébins ou africains (selon les études) qui affichent les taux de réussite scolaire et professionnel les moins bons (cf.  les travaux confondants de Nicolai Sennels, Atlantico 04/2016 ; l’Ined, le Figaro 10/2010; Claudine Attias-Donfut, le Figaro 10/2009). Les écarts sont considérables, en ce qui concerne les garçons… Leur taux d’échec scolaire est dramatique, même en comparaison des filles de même origine, et encore plus par rapport aux immigrés d’autres provenances (dont certains font d’ailleurs jeu égal avec les français d’origine très ancienne).

Simplification médiatique et politiquement correct

Ainsi, le passage à l’acte de ces terroristes semble multi-causal. Il prend son origine dans la combinaison de plusieurs variables. Ces variables sont quasiment identiques d’un terroriste à l’autre au sein de cette liste certes courte, mais exhaustive. Ce qui prouve combien c’est la combinaison de ces variables qui semble détonante, et non pas quelques unes d’entre elles prises séparément. Est-ce pour cela que le concert médiatique et les polémiques qui parcourent l’hexagone visent à réduire ce terrorisme à des causes simples et parfaitement circonscrites ? Est-ce parce que le travail journalistique de type pédagogique n’a plus cours de nos jours, dans des comités de rédaction dont l’objectif se résume à des slogans simplificateurs à la portée de n’importe quel cerveau ? Est-ce parce que les hommes politiques ne se sentent pas eux-mêmes le courage de nommer cette complexité et préfèrent en profiter pour dissimuler leurs propres responsabilités ?

A contre courant de cette tendance, voici donc un schéma qui résume de façon visuelle (et sans les hiérarchiser) la conjonction des différences causalités très probablement à l’origine du passage à l’acte de ces terroristes :

Il est vrai qu’à la lecture de ce schéma, bien qu’en filigrane, les responsabilités de la France sautent aux yeux, dans cette succession d’évènements incontrôlés, évènements dont les conséquences s’accumulent et se potentialisent les unes après les autres :

-regroupement familial et immigration peu ou pas sélectifs en provenance d’une Afrique du Nord musulmane dont le ressentiment anti-français est puissant

-intégration de la première génération d’immigrés souvent laborieuse et qui se réalise donc inévitablement au préjudice de l’éducation des enfants et de leur assimilation dans la société française

-difficultés encore plus grandes de la seconde génération sur le plan culturel, scolaire et familial, cette génération de jeunes mâles se trouvant souvent en total porte à faux vis-à-vis des parents (immigré volontaires) et vis-à-vis du pays d’accueil, dans lequel ils ne peuvent réussir à s’intégrer, et dont ils refusent de respecter les lois

-radicalisation islamique et enrôlement particulièrement répandus et efficaces pendant les périodes d’emprisonnement

-prévention très perfectible, puisque tous ces criminels étaient connus des services de police, huit d’entre eux avaient même fait de la prison, et neuf étaient fichés…

Ainsi, il devient tristement évident que le phénomène en question n’est pas prêt de s’estomper. Pilonner les positions de Daesh semble tellement éloigné de ce dont l’hexagone aurait immédiatement et durablement besoin !

 

2 Réponses à “Les causes structurelles du terrorisme « islamiste », au risque de surprendre…”

  1. Antoine a dit:

    Mettons nous dans leur tête:
    Je suis un homme jeune issu de l’immigration, plutôt pas très doué pour les études, dont les parents ne se sont pas bien occupés (fratrie importante), n’étant eux-mêmes pas/peu intégré. Donc je fais partie d’une catégorie plutôt basse de la population. Ou en tout cas je me considère sous-évalué et nourrit un fort complexe vis-à-vis des autres hommes, et en particulier des français de souche qui ont eu (apparemment…) plus de chances que moi.
    Dans mon entourage, les femmes s’en sortent mieux, car 1/ elles jouent de leur charme (c’est culturel, pour ceux qui connaissent un peu le Maghreb…) face à des décisionnaires (hommes et femmes) de souche 2/ elles sont peut-être naturellement plus appliquées (=soumises) ou savent mieux jouer du système et en tout cas sont mieux valorisées (en tant que femme par rapport à un homme, s’entend).
    Dans ma culture familiale, la force impose le respect. Si je n’ai pas de force, je n’ai pas de respect (proverbe bien connu en Afrique du Nord: « baise la main que tu ne peux pas mordre »)
    Conclusion: dès qu’on me donne l’occasion de reprendre de la dignité, je saute dessus… Daesch ou équivalent est une bonne opportunité de sortir de la nasse et d’exister. CQFD.

    • Claude a dit:

      Vous oubliez « on m’a jamais appris à obéir, j’ai des frères et on a toujours fait la loi à la maison, nos parents n’avaient pas d’autorité, ils étaient dépassés, on les piétinait matin-midi et soir, et on déteste les gaulois de toute façon, on n’a pas demandé à venir habiter chez eux, ce sont des imbéciles »

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