03 Juin 2017

Petite analyse rétrospective de la présidentielle

Category: Société (pervertie)Claude @ 18 h 11 min

Le diagramme d’Ishikawa n’est pas une méthode miracle qui décèle d’un seul coup l’arbre des causes et des effets d’un évènement. Mais elle permet d’analyser plus facilement une série de phénomènes en les visualisant de façon à la fois chronologique et causale. Relater simplement sur un graphique la succession des faits qui ont produit un résultat aide en effet à différencier ce qui a été réellement fondateur de ce qui s’avère plus anecdotique.

L’analyse qui en découle peut d’ailleurs se faire selon plusieurs angles, en établissant la série des évènements qui ont amené la victoire de E.Macron, ou l’échec de M.Lepen au second tour, ou encore l’échec de F.Fillon dès le premier tour. Tous ces points de vue sont importants, puisqu’ils interagissent les uns les autres, ainsi que le présente ci-dessous ce diagramme, pour aboutir au résultat final que l’on sait.

Il est évident que parmi ces 19 faits ici relatés (les plus marquants) qui ont généré la victoire finale de E.Macron, certains ont compté plus que d’autres, et tous d’ailleurs ne concernent pas forcément le gagnant lui-même. A l’analyse de ce tableau, quand bien même l’ensemble paraît parfaitement orchestré (mais par qui ?), nombreuses sont les causes de la victoire de E.Macron qui lui sont purement exogènes. Soit parce qu’elles sont le fait de l’un des deux autres candidats, soit par qu’il s’agit d’interventions extérieures. Les causes qui semblent avoir le plus pesé dans le résultat final sont ici mentionnées en rouge.

 

L’arbre des évènements côté E.Macron

Les principaux évènements chronologiques relatifs à la candidature de E.Macron sont au nombre de 7. Parmi ceux-ci, deux semblent particulièrement déterminants :

M1) E.Macron a su quitter le gouvernement Hollande en temps et en heure, afin de ne pas souffrir du bilan désastreux de celui-ci. Ce que M .Valls aurait du faire depuis longtemps, E.Macron l’a fait de façon d’ailleurs très astucieuse : pendant son mandat, il a fréquemment distillé des prises de positions audacieuses, voire rafraîchissantes qui l’ont bien évidemment aidé à ne pas être plombé par l’image du gouvernement et de ses ministres socialistes en perpétuels conflits. Ceci a donné une sorte de légitimité à son départ précipité.

M6) L’absence d’affaires à l’encontre de E.Macron, malgré des rumeurs tenaces, est quelque chose qui semble anodin. Mais il suffit de songer un instant à ce qui se serait passé pendant la campagne si E.Macron avait été un membre de LR pour se rendre compte combien cela ne l’était pas. En dépit d’informations plutôt embarrassantes (concernant son patrimoine et les possibles accointances entre le ministre et son ancien employeur lors de la cession d’une entreprise française), le silence du PNF et des médias apparaît rétrospectivement d’autant plus assourdissant que le même phénomène se reproduit actuellement sous nos yeux avec des ministres de son gouvernement.

Plusieurs accusations tournent en effet autour de R.Ferrand, M.De Sarnez et F.Bayrou mais ni les médias, n la justice, ni le PNF ne se sont engagés dans un lynchage à la hauteur de ce que F.Fillon a enduré. Tout juste le parquet de Brest a-t-il ouvert une enquête préliminaire[1] concernant R.Ferrand, après des semaines d’atermoiements, ce qui est bien peu de chose.

Pourquoi donc rien ne s’est produit contre E.Macron pendant la campagne présidentielle ? Pourquoi aucune enquête n’a été diligentée par la HATPVP malgré la saisine d’Anticor (13/03/17) ? Pourquoi le PNF ne s’est-il pas saisi alors qu’il s’agit pourtant d’argent public lorsqu’une banque intervient pour réaliser une fusion ou une acquisition d’un « joyau » de l’industrie française ? Imaginons de nouveau que E.Macron fût F.Fillon, ou une autre personnalité LR… Les médias et le PNF seraient-ils restés aussi détachés ? Quoi qu’il en soit, ce silence a été indéniablement déterminant.

L’arbre des évènements côté F.Fillon

A considérer le nombre d’évènements décisifs dans le résultat final, il apparait clairement que F.Fillon a été le fusible, le bouc émissaire, le candidat immolé sur la place publique… Car sa position et in fine, ses chances de gagner, ont été terriblement impactées par ces 4 évènements exogènes à sa candidature :

F3) Tout a commencé par ces révélations du Canard enchaîné sur des faits pourtant connus depuis longtemps puisqu’ils dataient d’ une vingtaine d’années. La communication de cette affaire au Canard enchaîné dès le lendemain de la victoire de F.Fillon à la primaire aurait sans doute eu lieu un peu plus tôt si cette victoire n’avait pas été une surprise. Mais une fois que le candidat LR destiné à affronter les autres candidats a été identifié, les ennuis se sont précipités sur lui. Il faut garder du recul par rapport aux griefs reprochés à F.Fillon car d’une part, à cette heure-ci, sa culpabilité n’a toujours été démontrée. D’autre part, si c’était vraiment l’assainissement des pratiques parlementaires qui constituait le véritable enjeu de cette révélation, il est évident que l’affaire aurait éclaté depuis bien des années ! Ne nous laissons donc pas griser par le courant de moralisation de la vie politique en cours, celui-ci découle avant tout d’un coup bas particulièrement mal intentionné, coup-bas qui n’a rien à voir avec de la morale, bien au contraire.

F4 et F5) L’article du Canard enchaîné en lui seul a fait du mal. Mais le fait que le PNF ait embrayé 2 heures plus tard en déployant une ardeur exceptionnelle pour mettre en examen le candidat LR, puis en communiquant les PV de l’enquête non pas aux avocats de la défense, mais à certains médias (de gauche bien évidemment), enfin en calquant au moins à deux reprises son propre calendriers sur celui du candidat LR (salon de l’agriculture, réunion LR), tout cela a eu un effet délétère sur ses chances de gagner.

F6) Alors que la succession d’accusations puis d’irrégularités[2] de la part du PNF aurait pu alerter les médias, alors que 13 juristes ont officiellement déploré un  véritable « coup d’état constitutionnel », alors que F.Fillon lui-même était sous le coup de la présomption d’innocence, les médias se sont rués sur cette affaire au point de ne plus parler des programmes, certains journaux comme Le Monde allant jusqu’à traiter le candidat de mépriser la loi. Les actions simultanées du Canard enchaîné et du PNF ont ainsi trouvé une caisse de résonnance aussi puissante que disciplinée, toute à son œuvre pour accabler le candidat.

Dans les sondages, les résultats furent à la hauteur de l’entreprise de démolition : environ 10 points définitivement perdus. En tête des intentions de votes au sortir de la primaire, loin devant M.Le Pen, F.Fillon a failli terminer quatrième derrière J.L.Mélenchon au premier tour de la présidentielle.

L’arbre des évènements côté M.LePen

Il s’est paradoxalement passé assez peu de choses côté M.LePen, si ce n’est, en creux, que la présidente du FN a été plus ou moins délaissée par la sphère médiatique, cette dernière étant accaparée par l’affaire F.Fillon et par la nouveauté E.Macron. Puis tout d’un coup, à l’approche des échéances, M.LePen a de nouveau inondé les Unes et abondamment nourri le buzz. C’est là que se situe également l’un des éléments déclencheurs de la victoire de E .Macron :

L3 : à l’approche des échéances, la sphère médiatique a recommencé à agiter le chiffon rouge et à terroriser la population en l’alertant sur la gravité de la situation en cas de victoire du FN. Cette pression normative massive sur les électeurs a probablement fini d’achever les chances de victoire de F.Fillon, la plupart d’entre eux préférant se projeter dans la configuration de plus en plus probable du second tour telle qu’elle se dessinait, plutôt que de réfléchir à la question.

Que reste-t-il du processus électoral démocratique ?

Cette rétrospective laisse un goût particulièrement amer. Si une élection mérite le qualificatif de « démocratique » uniquement à la condition que les électeurs aient pu se prononcer à l’abri de toute pression institutionnelle (justice, classe politique, médias) ou de toute manipulation, peut-on réellement affirmer que cette présidentielle l’a été ? Nombreux sont les commentateurs à estimer qu’elle a été la pire depuis longtemps. Mais n’est-ce pas en deçà de la réalité ? N’oublions jamais ce qui vient de se produire, chez nous en France, en 2017 !

[1] Une enquête préliminaire n’est qu’une simple investigation tandis qu’une mise en examen suppose un faisceau de présomption de culpabilité.

[2] Communiquer les PV de l’enquête est tout simplement illégal mais aucune sanction ne semble avoir été prise !

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