08 Mar 2018

Journalisme : une profession sinistrée mais qui ne le sait pas encore.

Category: Société (pervertie)Claude @ 19 h 02 min

 

Malgré une amélioration récente, selon le dernier sondage Kandar (La Croix 23/01/18), le niveau de confiance vis-à-vis des journalistes est tellement bas que 90% des français interrogés appellent de leurs vœux « des informations fiables et vérifiées ». C’est la radio qui apparaît comme le média le plus crédible, mais avec seulement 56% de répondants qui lui font confiance, devant la presse écrite à 52% et la télévision avec 47%, soit moins d’un français sur deux !

Tout aussi récemment, un sondage Statista (5/01/18) montre que pas plus de 24% des personnes interrogées pensent que les médias sont « indépendants face aux pressions des partis politiques et du pouvoir » !

Pour autant, la crise de la profession journalistique va bien au-delà de la simple question de l’indépendance. Ce sont bien ses compétences qui posent question, à savoir ce mélange d’éthique et de pertinence que l’on est en droit d’exiger de tout professionnel de l’information. Or, ce problème paraît général, si l’on en croit le nombre de domaines dans lesquels le journalisme suscite la défiance : sciences, politique et bien évidemment économie, parent pauvre de l’éducation nationale française, c’est bien connu :

 

Des articles scientifiques extravagants

Qui n’a pas terminé la lecture d’articles scientifiques publiés dans l’Obs, le Point, Sciences & Vie ou d’autres encore avec l’étrange sentiment que leur auteur n’avait pas entièrement compris ce dont il parlait ? Ces articles fleurissent naturellement au gré des découvertes et des modes, et se caractérisent par un émerveillement naïf du journaliste face à une nouvelle technologie ou une théorie qu’il découvre. Ainsi en est-il des neuro-sciences, qui à grand renfort de billets aussi enthousiastes que superficiels, réduisent carrément la pensée caractérisant notre espèce à de simples interactions chimico-électriques que l’on pourra rapidement maîtriser. On en déclarerait presque la fin des sciences humaines, irrémédiablement balayées hic et nunc par la « neuro-sagesse » et autres méditations plus ou moins assistées par IRM (Le Point 01/10/16).

A présent, cet engouement touche à fond la robotique, qui donne lieu à des titres et à des analyses loufoques sur les robots dans le style : « mobile, polyglotte et capable de ressentir des émotions » (L’Obs 20/07/15). L’intelligence artificielle elle-même fait l’objet d’une incroyable mythification de la part d’une communauté de journalistes dont la plupart abusent de ce concept dès lors qu’on a injecté dans les programmes d’un pauvre ordinateur deux ou trois réflexes d’apprentissage… Certains médias se font même peur autour des technologies. Ainsi titrait Le Point (22/09/16) : « Ces algorithmes qui nous gouvernent ». Passe encore pour un titre mais le dossier lui-même poursuit dans la même veine paranoïaque : « Toutes nos données sont brassées par des programmes de plus en plus intelligents. L’éducation, la santé, la police et même nos amours sont influencés par leurs choix » !

La comparaison avec le cerveau humain, dont faut-il le rappeler la construction prend une vingtaine d’année[1], rend bien évidemment ridicule de telles déclarations. Mais finalement, les journalistes ne sont-ils pas là pour vendre du rêve ?   

 

Des analyses politiques qui passent à côté de l’essentiel

Les dernières élections législatives portugaises fournissent un exemple particulièrement édifiant de la façon dont l’information est facilement biaisée. Alors que le gouvernement avait enrayé la hausse du chômage et le recul du PIB, France Info et France24 annoncent de concert : « la droite réélue malgré l’austérité » (5/10/15), passant complètement sous silence à l’antenne les résultats bénéfiques de cette maudite austérité. France24 va même jusqu’à justifier l’échec des socialistes par leurs seules « divisions internes ».

Un mois plus tard, France24 récidive dans l’affabulation en affirmant, par le biais de l’un de ses journalistes spécialisés, que « les migrants sont une chance pour la France, beaucoup d’entre eux sont ingénieurs, nous manquons d’ingénieurs » (11/15).

Les exemples sont certes fréquents mais la dernière élection présidentielle montre à quel point les conséquences peuvent être dramatiques. Alors que l’hexagone souffre d’un endettement record et d’une forte chute de sa compétitivité, les médias ont privilégié les annonces futuristes et les postures révolutionnaires des candidats déclarés. Revenu universel, protection sociale et réduction du temps de travail ont occupé les télévisions, les radios et les journaux jusqu’à plus soif, au préjudice des débats qu’il aurait été légitime d’aborder concernant le désendettement de l’Etat et la relance de notre industrie. Sans compter les affaires judiciaires qui, une fois lancées, ont fini par phagocyter le « temps de cerveau disponible »[2] de la quasi totalité des rédactions, au préjudice du traitement de l’essentiel, à savoir les enjeux et l’avenir du pays…

Pire encore, en piétinant outrageusement le principe de la présomption d’innocence, comme par un coup de furie collective, les médias se sont en plus substitués à la Justice en s’adonnant à une chasse à l’homme (contre F.Fillon) d’une rare intensité. Les irrégularités commises pendant l’enquête du Parquet National Financier et les coïncidences de dates de celle-ci avec la campagne présidentielle n’ont même pas détourné un instant les journalistes de leur travail de démolition, tous investis qu’ils étaient à influencer le résultat de l’élection. Le Monde (15/03/17) a même titré froidement : « François Fillon, Marine Le Pen : même mépris de la loi » avant-même que la justice se prononce au sujet du candidat LR (l’enquête n’est d’ailleurs toujours pas terminée à ce jour)[3].

Ainsi, au lieu de décrire les évènements politiques tels qu’ils se déroulent, au lieu d’en démontrer l’éventuelle irrégularité, les médias en ont assuré au contraire la promotion et les ont imposés de force aux électeurs dans un tintamarre qui n’a plus du journalisme que le nom. Quelle différence finalement entre cette chasse contre le candidat LR et le lynchage sacrificiel d’un bouc émissaire dans une tribu de sauvages surexcités ? Que l’objectif visé soit la mort physique ou la mort politique, la « violence mimétique » déployée n’en reste pas moins la même : barbare et irrationnelle. Et parfaitement révélatrice de ce qu’il faut appeler une imposture. La corporation des journalistes n’a-t-elle pas en effet usurpé son rôle en se mettant au service du pouvoir en place et de ses basses manœuvres électoralistes ?

Plus récemment, du fait des recrutements transverses du parti gouvernemental, qui puise régulièrement à gauche et à droite pour nourrir les rangs du centre, nombreux sont les journalistes à nous bassiner avec la fin de l’opposition droite-gauche. Toujours à la pointe des analyses douteuses, France Info titre ainsi : « Législatives : la fin du clivage gauche-droite en une image » (21/06/17) en présentant la répartition des sièges obtenus par le courant REM à l’Assemblée Nationale. Confondre les difficultés actuelles du PS ou de LR avec la fin des courants d’idée que ces deux partis représentent au sein de la population française est tout de même un peu court. A croire que les auteurs de tels propos considèrent qu’un courant politique, c’est-à-dire l’ensemble des valeurs se rassemblant autour d’un projet de société, n’existe que par le nombre de politiciens qui s’en réfèrent ou par le nombre de voix obtenues lors d‘une élection, ceci indépendamment des types de scrutins, des alliances et des circonstances politiques du moment.

 

Des billets économiques truffés d’erreurs

C’est probablement dans ce domaine que les hérésies sont les plus courantes. Quelques exemples incroyables suffisent à s’en persuader. Tel fut le cas d’un article paru dans les « décodeurs » du Monde (16/02/17) sur le bilan comparatif de F.Hollande et de N.Sarkozy, bilan basé sur une erreur méthodologique digne d’un élève de troisième. Il est en effet impossible de mesurer  le bilan d’un gouvernement par rapport à celui d’un autre en données absolues, sans ramener cela au contexte, « toutes choses étant égales par ailleurs » selon la formule consacrée. Quand on sait que la conjoncture européenne explique environ 70% des fluctuations de la croissance de notre pays, ne pas intégrer cette dimension-là est une faute grave[4]. Un article aussi fallacieux publié dans une rubrique du Monde dont la promesse est de « décoder » l’information pour le lecteur montre à quel point l’absence d’éthique et de compétence est un mal qui a rongé jusqu’à ce journal de référence, temple érigé de la pensée française politiquement correcte.

Mais rappelons nous, quelques années plus tôt, lors de la nomination de Jean Tirole au prix Nobel d’économie, le Monde s’était déjà méchamment illustré en commentant les travaux de ce chercheur de façon diamétralement fausse (Contrepoints 14/10/14). Une telle méprise, qui faisait dire à cet économiste exactement l’inverse de ce qu’il avait prouvé dans le cadre de ses longues recherches, est inacceptable de la part d’un journaliste soi-disant spécialisé, qui visiblement ne connaissait même pas le concept en question[5]. Cela n’avait pourtant pas empêché Libération, le Point, les Echos, Huffington Post, France3 et France Inter de reprendre cette méprise à leur compte. Aucun de ces médias n’avait donc eu l’honnêteté et l’humilité de se pencher sérieusement sur ces travaux et de s’assurer d’en avoir compris la quintessence !

 

Superficialité, course à l’audience et idéologie

Comme on peut le constater, les médias sont coutumiers des jugements à l’emporte pièce pour trois raisons distinctes qui font d’ailleurs parfois bon ménage :

-la superficialité, c’est-à-dire l’incapacité à appréhender le réel tel qu’il est et à le relater,

-le militantisme idéologique, qui pousse à dissimuler ce qui n’est pas compatible avec le dogme anti-libéral, ce qui n’est rien d’autre qu’une faute en matière d’éthique,

-la recherche du buzz, c’est-à-dire le culte de l’audience à tout prix, que l’on obtient en mobilisant l’émotion et les affects au détriment de l’analyse pondérée.

De par leur inconséquence, les médias méritent amplement les mauvais sondages actuels. Mais parions dès à présent sur un véritable big-bang de la profession, big-bang dont l’essor des médias alternatifs dits de « ré-information » ne constitue que le commencement. Parions même que le métier de journaliste disparaîtra presque entièrement, laissant sur le carreau les scribes professionnels actuels qui ne comprennent pas ce dont ils parlent ou qui ne s’embarrassent pas d’éthique, pour faire place à des gens d’expérience qui seront capables de s’exprimer sur les domaines qu’ils maîtrisent.

Cette révolution qui semble se dessiner depuis quelques années s’avère cruciale, il en va de la santé de notre démocratie. Souhaitons qu’elle se produise le plus vite possible !

 

[1] Sans compter que le cerveau apprend et s’améliore durant pratiquement toute la vie d’un individu

[2] Dixit Patrick Le Lay en 2004, président de TF1 à cette époque

[3] Seul le FN avait été condamné, à la date de l’article

[4] A fortiori lorsqu’il se produit une crise majeure comme celle des subprimes au cours de l’un des deux mandats que l’on cherche à comparer !

[5] « Market power » (pouvoir de marché et non pas pouvoir des marchés)(Contrepoints)

Une réponse à “Journalisme : une profession sinistrée mais qui ne le sait pas encore.”

  1. Houillon a dit:

    sans compter les fautes , multiples, de français, d’orthographe , de syntaxe…….

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