03 Fév 2020

LR ou le rendez-vous manqué

Category: Grandes énigmes socialistes,Partis (politicards)Léo @ 19 h 31 min

L’accumulation de ratages au plus haut niveau de l’Etat et la persistance de conflits sociaux majeurs sur fond d’accroissement de la pression fiscale résument assez fidèlement la présidence de Macron. Pourtant, cette séquence à la fois ruineuse et violente qui tétanise le pays depuis presque deux ans s’accompagne paradoxalement d’une quasi extinction de la voix de l’opposition républicaine.

Comment est-il en effet possible que Les Républicains aient décidé de repousser leur rentrée politique à la fin août 2020 en toile de fond d’un climat social et politique aussi dégradé ? Comment peuvent-ils laisser un gouvernement dé-réformer[1] les retraites, attiser la révolte populaire et plomber l’économie sans réagir ?

De deux choses l’une, les Républicains pourraient soit s’opposer de façon systématique, soit s’imposer comme force de proposition. Or aucune de ces deux postures n’est la leur : à l’exception de quelques caciques comme Eric Woerth ou Christian Jacob[2] qui émettent épisodiquement des jugements critiques sur la gouvernance de Macron, les Républicains ont choisi de rester politiquement muets. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils ne prendront vraiment position qu’à la fin de l’été[3] !

En réalité, cet abandon n’est pas si surprenant : il n’est finalement que le couronnement logique d’un long processus d’asservissement des leaders de la droite républicaine[4] par la noosphère de gauche. Toutefois, cette transmutation contre nature n’a pas été du goût de son électorat, qui l’a vécu comme une trahison pure et simple. Avec pour conséquence un nombre d’adhérents qui a été divisé par 4 depuis ces quatre dernières années[5] !

Pourtant, le pire ne réside pas dans cette bérézina statistique mais bien dans le fait qu’il existe à ce jour un espace socio-politique non seulement orphelin du moindre représentant, mais également dénué de toute perspective électorale… Or, très curieusement, c’est dans ce territoire désormais en friche que se situent les clés du renouveau français tout comme celui des Républicains ! Jugeons-en :

Qu’est ce qui distingue aujourd’hui les citoyens de droite de ceux de gauche ?

Contrairement à ce que certains commentateurs ont déclaré, le distinguo droite/gauche est particulièrement vivace. On peut même avancer qu’il se révèle dans toute sa crispation selon deux dimensions sur lesquelles chaque camp n’est pas prêt de transiger :

-le progressisme sociétal,

-l’économie de marché.

Le progressisme sociétal, tarte à la crème actuelle ?

Le progressisme sociétal est l’apanage typique de la gauche. Qu’elle s’appelle PS ou LREM, qu’elle soit républicaine ou extrémiste, la gauche possède un sens aigu du droit des minorités qu’elle affectionne. Ouverte aux expérimentations les plus hardies, la gauche arbore une audace qu’on ne lui connaît certainement pas en matière d’économie. On peut compter sur elle pour se battre dans l’intérêt des couples homosexuels et des familles monoparentales, dans la lutte contre toute forme de racisme envers les minorités ethniques ou religieuses. Elle serait même potentiellement encline à faire du zèle en matière de laïcité active, espérant au fond d’elle-même l’annihilation progressive de tout signe venant nous rappeler notre honteuse origine judéo-chrétienne. Elle n’en pince pas beaucoup non plus pour tout ce qui transpire les odeurs de Nation et d’ordre, odeurs qu’elle trouve systématiquement nauséabondes.

Macron n’avait-il pas remis en cause l’existence d’une culture française ? Plus récemment, n’a-t-il pas déclaré à l’une de ses interlocutrices concernant la PMA : «Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle »? Ces deux exemples résument à eux seuls, s’il en est besoin, l’ardeur progressiste actuellement en vogue à gauche de l’échiquier politique.

Bien évidemment, rien de tel à droite où l’on se satisfait plutôt bien de cet art de vivre à la française, mélange de tradition chrétienne, artistique et culturelle qui est le berceau de notre habitus actuel. Le style de vie « bourgeois » en quelque sorte, dont ce conservatisme de bon aloi de la droite ne souhaite pas se départir pour un oui pour un non.

L’économie de marché, bouc émissaire honni !

L’un des traits les plus discriminants à gauche est cette détestation réflexe de tout ce qui rappelle la libre entreprise, la concurrence, la croissance, en un mot, l’économie de marché. Il est d’ailleurs révélateur que personne ne qualifie la gauche de terriblement conservatrice en matière économique. En effet, l’étatisme, les emplois aidés, le keynésianisme en général sont les recettes qu’elle ne cesse de mettre à toutes les sauces depuis des dizaines d’années, ceci indépendamment des contextes successifs et des problèmes à résoudre. C’est d’ailleurs à ce détail que l’on découvre combien la quasi-totalité des gouvernements depuis Mitterrand s’adonne avec une constance aveugle à cette pratique dispendieuse et parfaitement inadaptée[6]. La chute considérable de la compétitivité française[7] apporte pourtant un démenti cinglant et continu quant à l’efficacité de telles manies, mais en vain.

A l’inverse, il serait bien évidemment trompeur de croire que l’électorat de droite est viscéralement libéral, à fortiori dans un pays qui cultive l’étatisme comme une seconde nature et qui n’a jamais rien connu d’autre. Mais les électeurs de droite ne nourrissent aucune aversion particulière vis-à-vis du paradigme de la libre entreprise. D’ailleurs, l’engouement suscité par le programme de Fillon lors de la primaire de la droite et du centre pendant la dernière présidentielle en atteste. De nombreux électeurs de gauche ne s’y étaient d’ailleurs pas trompés, qui avaient volontairement participé à cette primaire en votant Juppé afin d’éloigner l’horrible spectre libéral que représentait son concurrent d’alors[8]

Quelles sont actuellement les urgences de l’hexagone ?

Aujourd’hui, la France est un pays ravagé par les conflits sociaux, en proie à une profonde désindustrialisation qui génère une raréfaction des emplois, un déséquilibre entre actifs et retraités ainsi qu’un appauvrissement relatif de l’ensemble de la population[9]. Aujourd’hui, la France souffre également d’une espèce de crise identitaire, face notamment à une immigration qui (comme dans le reste de l’Europe) est perçue non seulement comme une menace sécuritaire, mais aussi comme une possible atteinte à sa culture et à son art de vivre.

Est-ce que le salut du pays réside vraiment dans une course au progressisme sociétal et dans la libéralisation des mœurs ? Ou est-ce plutôt dans la réconciliation nationale autour d’un habitus apaisé ? Est-ce que le salut du pays réside dans l’accroissement de l’emprise étatique avec pour corolaire une dette et des impôts toujours plus asphyxiants ? Ou plutôt dans la libéralisation de l’économie et des talents qui la constituent ?

Si l’on considère ces deux dimensions sur lesquelles s’opposent fondamentalement gauche et droite, force est de constater que cette dernière a une formidable carte en main, une carte maîtresse même. Pourquoi ? Parce que s’ils s’intéressent de nouveau à cet électorat qu’ils ont abandonné, cet électorat conservateur au niveau des mœurs et potentiellement libéral en économie, Les Républicains assureraient à la fois leur propre succès et celui du pays tout entier. Alors, dont acte ?

 

[1] Quand, au lieu de réformer, on recule au point d’aggraver les problèmes que la réforme initiale était censée corriger, on se trouve dans l’inverse d’une réforme. Le comble de l’échec politique !

[2] Sans compter Luc Ferry qui ne mâche pas ses mots, mais de l’extérieur du parti

[3] Christian Jacob le 20/01/2020

[4] Depuis le RPR de Chirac, de l’UMP et enfin Les Républicains

[5] Le Figaro.fr, 29/01/20

[6] Le keynésianisme est censé provisoirement aider les ménages en cas de crise de la demande, alors que la France souffre d’une crise de l’offre depuis une trentaine d’années au moins !

[7] La dégringolade des parts de marché industrielles mondiales de la France confirment de façon cinglante l’inadaptation des politiques successives (de 7% il y a une vingtaine d’années, le pays est passé à 3,5%, tandis que l’Allemagne qui était au même niveau a progressé depuis !)

[8] Faut-il le rappeler, Juppé n’est plus chez Les Républicains et a fait campagne pour Macron

[9] Les chiffres du PIB/capita sont formels et confirment un recul lent et régulier du niveau de vie français en comparaison avec le reste du monde

2 Réponses à “LR ou le rendez-vous manqué”

  1. Berlingen a dit:

    Bonjour,
    je viens de tomber sur votre site par intermédiaire de Contrepoint;
    je m’étonne toujours des politiciens dite-de-droite; le sociétal concerne l’individu et sa vie privée; en quoi la vie privée regarde la politique et le gouvernement; homosexualité , monoparentalité, divorce etc. n’est pas du domaine du régalien mais de la liberté individuelle!
    quand à l’économie du marché, la aussi ce n’est pas réellement du domaine de l’état, c’est justement le trop de règlementation de ce coté qui entrave les créateur de richesses et d’emploi; à quand que les partis politique d’opposition reviendront leur vrai destinations, le régalien et un encadrement minimal des autres domaines?
    respecter la constitution de base et les droits de l’homme du début c’est ça la base de la politique;
    « Sa pierre angulaire est la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 aout 1789 qui consacre le droit naturel. Chaque citoyen se voit reconnaître des droits inaliénables (article 2 : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. Ces droits sont donnés par Dieu (pour les croyants) ou par la nature (pour les athées)  »

    cordialement
    Angelika Berlingen

    • Léo a dit:

      Bonjour, et bien vous êtes libérale si vous pensez cela 🙂 Dites tout cela à nos leaders politiques, au cas où ils vous écouteraient…

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